Also Known As Africa (AKAA) : Une fenêtre grande ouverte sur la création contemporaine africaine

Dernière mise à jour : 15 nov.

Pour sa 7 ème édition, la foire d’art contemporain africain « Also Know As Africa – AKAA » a réinvesti son lieu de prédilection, le Carreau du Temple dans le 3 ème arrondissement de Paris, un espace qui semble dessiné pour accueillir ce rendez-vous incontournable des arts visuels d’Afrique et de ses diasporas.


En marge du tumulte et de la spéculation régnant sur le marché mondial de l’art, AKAA2022 accueillait trente-huit galeries dont près de la moitié sont basées sur le Continent. Un signe de l’émergence d’un marché africain de l’art contemporain, malgré le faible engagement des pouvoirs publics.



A AKAA, au milieu de galeries occidentales confirmées et d’agents « spécialisés », on rencontre de jeunes promoteurs qui créent leur galerie, animés par leur volonté acharnée de faire exister ce marché de l’art sur le Continent. A l’image de Barbara Kokpavo, trentenaire originaire du Bénin et du Burkina, qui a ouvert à Accra au Ghana en 2019, la galerie SoView où elle expose Daouda Traoré, un jeune et talentueux artiste malien. Parce que, pour elle, il faut d’abord abolir les frontières de la sous-région avant de regarder vers d’autres horizons.


L’Afrique du Sud et le Nigeria, qui abritait la foire ARTXLAGOS au début novembre, sont le fer de lance de ce marché africain de l’art. A l’ouest du Continent, Dakar abrite désormais plusieurs galeries de renommée internationale. Et au centre, l'effervescence créative en provenance de Kinshasa confirme l’adage qui dirait que « c’est du chaos que naît la création »… Plus de 130 artistes sont venus à Paris témoigner de la vitalité et la diversité de la création en Afrique. Rencontres de parcours et d’identités où les frontières s’abolissent, mêlant artistes des diasporas et du Continent.


A l’entrée, le centre du Carreau du Temple est occupé par le « Maître », Abdoulaye Konaté, le doyen malien qui a ébloui le monde avec ses installations monumentales composées de bandes de tissus qui forment une sorte de tapisserie géante dont les couleurs oscillent et donnent l’impression d’un mouvement perpétuel.

Textiles, fibres, perles, travail sur bois… une série de techniques ancestrales sont revisitées par les artistes contemporains.


Assoukrou Aké, lauréat du prix Ellipse, travaille le bois à sa manière en combinant l’acrylique sur des contreplaqués noirs qu’ils gravent de sillons qui forment son œuvre.


« Ubuhle » signifie « beauté ». C’est le nom que s’est choisi un collectif de quatre femmes d’une région du KwaZulu-Natal, en Afrique du Sud, qui créent des œuvres scintillantes cousues de perles de verre. Au départ il s’agissait d’un travail artisanal autour de la technique traditionnelle du perlage mais les œuvres du collectif ont aujourd’hui rejoint de grands musées comme le Smithsonian.


Eclectica Contemporary, galerie basée à Cape Town qui s’affirme comme un pôle moteur du marché de l’art en Afrique, présentait une sélection d’artistes d’Afrique anglophone avec le sud-africain Johannes Pholeka qui revisite certains codes de la peinture classique à sa manière, le kenyan Nédia Were ou le talentueux nigérian Bob-Nosa Uwagboe.


Pour sa première participation, la Galerie Melrose (Cape Town), exposait le travail du soudanais Hussein Salim, les sculptures du sud-africain Simon Zitha, la peinture de l’ivoirien Pascal Konan ou les tableaux abstraits d’Esther Mahlangu reproduisant des formes géométriques issues de la tradition de peinture domestique de son ethnie.


C’est aussi chez Melrose que l’on pouvait apprécier les grands formats très colorés de Papytsho Mafolo de la RDC pour qui la femme africaine est une source intarissable d’inspiration. Mafolo est aussi performer puisqu’il a créé l’attraction avec ses déambulations dans un costume futuriste confectionné avec des objets de récupération.


Autre congolais fort remarqué sur le stand de la galerie bruxelloise Didier Claes, Vitshois Mwilambwe Bondo formé à l’Ecole des Beaux-Arts de Kinshasa, traite, à travers son travail de peinture et de collages, de l’enjeu de la déconstruction de l’image, notamment des représentations coloniales.


Aimé Mpané est exposé par Nomad Gallery avec ses visages miniatures déformés qui illustre la vision parfois apocalyptique de l’artiste.


Autre valeur sûre en provenance de la RDC, Maurice Mbiyaki confirme son talent pluridisciplinaire entre collages, dessins, installations, performances et photos.


S’il n’y présentait pas ses remarquables installations et sculptures métalliques, la "star kinoise" Freddy Tsimba était bien présent pour encourager ses amis et pousser la jeune génération parmi laquelle Jennifer Sivi dont le travail s’inspire de son Congo natal où elle n’a pourtant jamais vécu.


Le suisse Foreign Agent a eu le nez fin en ramenant Ousmane Ba qui a impressionné le visiteur avec ses œuvres composées de collage et de peinture sur bois en utilisant des pigments japonais. Cette dynamique galerie suisse présentait également l’artiste roumano-congolaise Maliza Kiazuwa qui revisite les identités à travers ses œuvres faites de peinture et de collages.


La 193 Gallery de Paris a fait forte impression avec les photos très stylisées de la kenyane Thandiwe Muriu tandis qu’Afrikaris a misé sur des valeurs sûres du marché de l’art africain, le camerounais Jean David Nkot, les textiles de Hyacinthe Ouattara, l’hyperréalisme du Matthew Egouavoen et les fresques du camerounais Moustapha Baidi Oumarou.



L’ AKKA project, établi entre Venise et Dubaï, donnait à découvrir des oeuvres de l’ougandaise Pamela Enyonu, du kenyan Jimmy Kitheka et du nigérian Kelechi Charles Nwaneri. La Sud-Africaine Hannelie Taute était proposée par Deepest Darkest avec son “The Puppets Bought a Ticket for a Puppet Show”, portrait de famille, masqués et réinventés.


Sanda Amadou, un artiste béninois atypique, présente un travail original, d’inspiration mystique animiste, composé notamment de mèches de cheveux pour représenter un lieu sacré au centre de ses œuvres.


Toute aussi atypique, Olga Yaméogo, artiste burkinabè installée à Toulouse où elle travaille notamment comme art-thérapeute, est reconnaissante à sa galeriste Véronique Rieffel (Abidjan), de la laisser progresser dans son travail de portraits particuliers sans lui dicter les canons esthétiques qui « plaisent » au marché pour vendre à tout prix.


Et AKAA ce sont tant d’autres rencontres inspirantes, d’œuvres surprenantes et d’enchantements pour les yeux et les sens dans une foire qui se confirme comme un rendez-vous immanquable pour les amateurs et les professionnels de l’art.





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